Quand mon corps se fait pierre, quand mon corps se fait bois

Quand mon corps s’abandonne aux vagues de l’ici.

Quand mes bras et mes jambes appartiennent à la terre.

Alors s’écoulent tous les mots.

Jaillissent lumineux et circulent dans le corps abandonné,

l’habitent sans entrave, sans contrôle.

Fête de mots joyeux et libres, c’est la java qui sautille dans Venise rouge et chaude,

Y a du son, y a du saxo, y a des rires et du swing.

Toutes ces ondes de mots qui débordent de vie par tous les pores, par tous les ports.

Et le corps immobile, parfaitement lourd, laissant s’enfuir les mots si cher, avec bienveillance

Le corps acceptant les mots sans trace

Le corps parfaitement heureux de la vague fugace.

Puis le corps qui reprend possession de son mouvement, qui se désabandonne

Et tous les mots se vident des veines en un instant. Ils courent se cacher : descente de police... ne laisser aucune trace.

Dans la main qui les voulait saisir, un grain de sable trop lent à s’envoler, c’est tout ce qui subsiste de la plage.

Mais la plume patiente pose amoureusement la poussière d’or sur sa paupière, et goûte sa lumière, reconnaissante.

 

   

L’arbre
Resplendit de toutes ses larmes
d’or. la main caresse son triste
front. Cesse main de lisser ainsi
le front plissé de l’arbre. Tu le
consoles de ta chaleur, de ta
douceur. Tu le consoles,
et vois s’échapper
ses larmes

 

Je  ne
veux pas
partir les
larmes
d’or de
mon arbre
Laisse
mon arbre
triste.