Mon ennui, mon seul compagnon fidèle. Toujours présent en l’absence de tout autre. L’hôte de mes mercredis d’enfance interminables, mes longues heures télévisuelles avec mon ennui. Le tourneur de pages parcourues en absence, ennui qui s’offre à moi quand les mots, égoïstes, se refusent à mes yeux embrumés.

 

Mon ennui, nous avons grillé ensemble tant de cigarettes et tant de minutes.

 

Et moi, ingrate, je te détestais, je te sommais de partir sur le champ. Je ne savais te dire que ma haine. Et toi, impassible sous mes crachats, tu restes là sans faillir.

 

Mon ennui, faut-il que tu m’aimes pour demeurer intact et sans rancune envers moi si injuste !

 

Reçois aujourd’hui pour la première fois mon accueil reconnaissant. Puisque tu restes là, je ne te chasse plus, je t’invite. Sois enfin bienvenu en ta demeure. Nous partagerons en complices cette plume, cette page, cette encre. Peut-être pour ne rien écrire. Ou déposer des tâches.

 

Puisque toujours tu m’accompagnes, voyageons ensemble.