Retrouver les mots caressés par la vague
Redessiner les mouvements de ces deux corps écrits, de ces écrits noyés
Reposer l’éphémère trace, inlassablement oublieuse d’être dissoute
Toutes les histoires d’amour ont été écrites
Toutes les histoires demeurent à écrire
Dieu est patience. Et le sable est meuble.
Sur une plage déserte, elle caresse le sable de son nom.
Elle n’est encore qu’un nom, éclatant et rond. Aurore.
Aurore n’est qu’un nom qui caresse le sable, mais elle se sait déjà entière, promise à une vie pleine,
Elle sent courir le rythme de la plume qui contient son sang.
Aurore est née à dix-sept ans, et la caresse du sable lui a offert des formes souples et la peau douce.
L’adolescente sourit de se sentir si belle et aimée du sable.
Elle savoure la promesse d’une existence sans vide, sans ennui,
où chaque moment aura un sens, où chaque rencontre tissera un destin.
Elle est ivre de se jeter dans le tourbillon d’une existence d’héroïne de roman
Elle aura droit aux aventures les plus extraordinaires jusqu’au point final
Une vie faite de mots sur le sable, ça ne perd pas le temps d’aller pisser
Ça ne perd pas le temps de somnoler dans le métro.
Aurore, plus vierge que Marie, attend les beaux souvenirs que je vais lui broder.
Aurore ne doute pas des mots que je saurai poser pour elle.
Ce qu’Aurore ne sait pas au soir de sa naissance,
C’est qu’il est 22h29 et que l’atelier d’écriture s’achève à 22h30.
Pardon au soir d’avoir trahi l’Aurore qu’il avait fait naître.