J'ai réentendu à la radio ce petit bijou,
La misère, dit par Michel Simon (texte de Bernard Dimey)

Si je tombais dans la misère,
Dit fréquemment Monsieur l'baron,
Y a presque des jours où j'l'espère
Les gens du monde me comprendront
 
J'aurais enfin la vie rêvée
Que connaissent les pauvres gens
Débarrassé de la corvée
et des éternels soucis d'argent
 
La fortune est un esclavage
Il ne faut pas vous y tromper
Il faut beaucoup plus de courage
Pour vivre riche que ruiné !
 
Dire que les ouvriers se plaignent,
On se demande bien de quoi !
Pour loger à la même enseigne
Je donnerais n'importe quoi !
 
Gérer sa fortune soi-même
est un calvaire de chaque instant !
Sans parler de la vie qu'on mène
Malgré soi la plupart du temps.
 
Les diners chez Maxims m'écoeurent
Mon foie ne les supporte plus
Les pommes de terre à l'eau sans beurre
Sont préférables à ces abus.
 
Les ouvriers qui nous critiquent
Ne connaissent absolument pas
Quels bourreaux sont nos domestiques !
Eux ne les supporteraient pas.
 
Ce sont tous des gens qui nous volent
et ne nous créent que des soucis
et il y faut une patience folle,
ils sont tous mauvais, par ici
 
Si je tombais dans la misère,
je remercierais le seigneur
De me donner ce que j'espère
Car les pauvres gens ont du coeur
 
Je n'les connais que par ouie dire
Mais il paraît qu'ils sont très bien
S'ils imaginaient mon martyre
Ils ne m'envieraient plus de rien
 
Ils savourent six jours par semaine
Le plaisir du travail bien fait
Ils mangent très peu, gagnent à peine
Mais ils s'en contentent, et je sais
 
Je le tiens d'amis très intimes
Qu'avec 300 000 francs par mois
Un ouvrier peut fort bien vivre
Et dire encore du mal de moi.