La nuit tombe. L'écran de mon ordinateur luit. Je ne dors pas.
Je dois écrire ce texte. On me l'a demandé. On l'attend.
Je suis assise à la lueur de l'écran.
J'ouvre le traitement de texte.
Aveuglement violent de la page blanche verticale.
Je la couvre avec le solitaire. C'est un jeu de carte sur fond vert.
Plaisir solitaire. Plaisir coupable.
En fait, pas un plaisir, une fuite honteuse.
Un ver solitaire qui ronge avant sa source mon texte que je dois écrire, qu'on m'a demandé, qu'on attend.
Mille et une parties de solitaire.
Une heure du matin. Je referme la page verte. La page blanche est toujours aveuglante. Je n'aime pas la regarder. J'éteinds l'ordinateur. Je suis dans la nuit. Je suis dans le brouillard. Je n'écrirai pas. La nuit possède encore environ cinq heures où je pourrais dormir. Je me couche. Dans la nuit grise de ma chambre, dans la nuit béante de ma tête, les cartes à jouer électroniques continuent à danser. Mes neurones n'en finissent pas de jouer au solitaire. Je me tourne. Je me retourne. Ce texte, je devais l'écrire, on me l'avait demandé. On l'attend. Demain.
Demain est un autre jour.
Jusqu'à quelle heure ?
Jusqu'à quelle heure peut-on dire que demain est un autre jour ?
La nuit porte conseil.
In allah maah sabirin, Dieu est avec ceux qui qui sont patients.
Leïla saïda, ya sarira. Dors ma petite, bonne nuit. Je me chante une berceuse d'enfance. Avec le soleil qui se profile,
bien tard, bien tard dans la nuit, un autre texte jaillit.
Pas le texte qu'on m'avait demandé, pas celui que j'aurais dû écrire, pas celui qu'on attend.
Le terrorisme nocturne du devoir a fui, a cédé à l'apaisement du sommeil.
J'écarte le rideau pour laisser la lune éclairer doucement mon chevet.
J'écris réconciliée sous la dictée des songes, et je m'endors sur la page beige, lovée au creux des mots.